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Récit de la traversée des arrêtes des Aravis par Paul Bonhomme

24 Octobre 2017
Evènements
48 heures traversée des Aravis par Paul Bonhomme

 

 

 

 

 

 

 

Le 5 et 6 octobre Paul Bonhomme,guide de haute-montagne des Aravis, réalisait son projet de traversée intégrale des arêtes des Aravis.

Voici son récit:

« Vendredi 6 octobre 2017, 16h20, plage du bout du lac, Doussard, Haute Savoie …  j’ai les pieds dans l’eau.

Après plus de 37 heures à jouer avec le fil des Aravis, mon regard se pose sur les eaux chahutées par la bise puis plus loin sur les dents de Lanfon et enfin, encore un peu plus haut, sur la Tournette.

Il en aura fallu du chemin.

Oui, il m’en aura fallu du chemin pour finir par poser ces pieds dans l’eau : une traversée de plus de 70 kilomètres, sur le fil d’un des plus beaux massifs français, sur les traces de Patrick Bérhault, Christophe Frendo, Julien Desécures et d’autres encore.

37 heures, c’est peu et beaucoup à la fois. C’est peu lorsqu’on pense que personne n’avait réussi à traverser ces arêtes en moins de 3 jours, c’est beaucoup lorsqu’on pense qu’il m’aura fallu 3 ans avant de concrétiser un rêve un peu débile : celui d’essayer de casser les codes entre le « trail » et « l’alpinisme » … un peu, à ma manière, à ma mesure.

Les pieds dans l’eau je songe à Amnesty international, l’association pour laquelle j’appelais aux dons sur ce projet. Je me demande si cela est bien suffisant, si cela servira vraiment à quelque chose, si cela n’est pas juste une manière de me dédouaner de ne pas m’engager d’avantage. Je ne sais pas, 1200 euros, c’est peu … et c’est déjà beaucoup.

Vendredi 6 octobre 2017, 16h30, plage du bout du lac … je sors mes pieds de l’eau, bleus. Je n’ai pas fait du trail, ni de l’escalade, ni de l’alpinisme … je suis allé en montagne comme on rentre en vie : entièrement, patiemment, passionnément. A présent seulement je me rends compte de l’engagement de mes circonvolutions alpines. Je retrace ma route, me rappelant le parcours dans le moindre détail et je ne trouve rien à jeter.

Ce court voyage a fini de me convaincre qu’il nous est possible de réinventer la montagne, encore et encore. Qu’elle est comme une toile sur laquelle nos pinceaux doivent glisser, nos crayons s’émousser.

Il existe depuis longtemps des ponts entre la course à pieds et la course en montagne. La vraie difficulté, plus récente elle, est de trouver l’équilibre entre la rapidité que nécessite la pratique de l’une et la patience que nécessite l’apprentissage de l’autre.

Le nez dans ma bière du bar de la plage du bout du lac je me dis qu’on n'en est qu’au début et que beaucoup d’histoires restent à inventer.

Alors à nous de jouer. »

 

Retrouvez la vidéo sur youtube: https://www.youtube.com/watch?v=r6c0S6YgpmU