Camp - Cassin - Camp Safety

HUMAN ENERGIES, en Russie

09 Juillet 2012
Evènements

Voici la dernière newsletter de nos deux aventuriers, découpée selon leur trajet de Ulan-Ude jusqu'à Saint-Petersbourg.

Froides aventures en perspective...

 

- Ulan-Ude - Irkoutsk

          Après moultes hésitations nous choisissons de quitter la Mongolie en bus. Moins typique mais plus aventureux que le train. Notre première étape en Russie est Irkoutsk, au bord du lac Baikal où nous sommes attendus par Sacha et Dasha, deux amis d'amis. Le bus Mongol lui nous pose dans la ville de Ulan-Ude, au sud du lac Baikal. Sur la carte la ville et le lac semblent à côté, mais en distance réelle, il y a presque 500 km. Nous arrivons le soir à Ulan-Ude et on nous dit que le tronçon de train jusqu’à Irkoutsk est magnifique, donnant sur le fameux lac Baikal. Nous décidons donc de passer la nuit ici et de le faire le lendemain, de jour. Seulement Max me regarde et me dit : " Mec, j'suis chaud, en Russie on fait aucun hôtel !". "OK, chiche." Ce sera notre défi russe.

          Comme nous avons de la ressource nous demandons à la seule personne qui comprend un peu l'anglais si nous pouvons camper dans son jardin. Elle accepte. La Russie commence donc par une séance de camping urbain et par une première immersion au milieu des moustiques.

          Le lendemain nous attendons un bus local pour se rendre à la gare, nous pensons prendre le train tout sagement. Seulement le bus numéro 4 que nous devons prendre passe à plusieurs reprises mais jamais il s'arrête, toujours plein semble-t-il. En face de nous un panneau indique " IRKOUTSK 470 KM". Au bout de 45 minutes d'attente nous nous regardons et nous échangeons peut-être 10 mots. Nous remettons nos sacs à dos. Puisque les bus ne veulent pas s'arrêter, nous nous rendrons à Irkoutsk en stop ! Nous mettrons la journée à faire le trajet, pas mal de galère d'attente et nous finirons dans un mini-bus, un des passagers nous payant le ticket.

          Nous arrivons finalement à 22h30 à Irkoutsk, juste pour le coucher de soleil...

          Nos amis (eh oui, les amis de nos amis sont nos amis) nous demandent si nous sommes « chaud pour sortir ». Nous n’avons pas fait la fête depuis un bout de temps, nous sommes donc « surchaud », malgré la fatigue. Ils nous expliquent que des amis (les amis des amis de nos amis sont aussi nos amis en Russie) nous invitent dans une maison avec piscine et sauna. Que cela ne tienne, nous sommes devenus bouillants. Nous sautons dans un taxi et nous courons rejoindre les amis en question avec bouteilles de vodka en poche, faut-il le préciser... Seulement nous quand on nous dit piscine et sauna nous pensons soirée chez des gens plutôt aisés, pas piscine en plastique et sauna éclairé à la bougie. Les standards russes sont bien différents… Notre moral ne se dégonfle pas pour autant et nous sommes toujours aussi chauds pour profiter des infrastructures et de nos nouveaux amis russes. Quelques vodkas plus tard, nous voilà nus dans le sauna, à la russe, c'est à dire bien chaud avec des grand coups d'eau glacée dans les dents. Nous finissons, plus tard, dans la piscine. Bien crevés, nous allons nous coucher quand le soleil se lève, vers 4h du mat', avec un bisou sur la bouche en guise de bonne nuit par la maitresse de maison (nous aimons bien les traditions russes décidément). Nous ronflons bien fort quand nos nouveaux copains nous réveillent en sursaut vers 6h, nous forçant à retourner dans le sauna. Nous ne comprenons niet. Les premières minutes ne sont pas faciles mais le sauna à la russe vaut quand même l’expérience.

          Les deux jours suivants seront passés à se remettre de cette soirée et à planifier notre aventure russe qui a si bien commencé.

 

- Irkoutsk - Tioumin

          Nous avons vu sur la carte que nous avons achetée sur Internet, que l'on peut aller tout au nord de l'Oural par des trains et des bateaux. Montagne, région polaire et aventure, il n'en fallait pas plus pour que nous ayons la même idée ! Bon, nous avons aussi lu que c'est la région du gaz et que certaines villes nécessitent un permis spécial pour s'y rendre, mais histoire de vérifier les infos, nous allons y aller et nous verrons sur place. Devant les possibles imprévus avec le transport et les autorités, nous prenons un grand coup de train pour avancer vite. Et quand on dit grand en Russie, c'est grand puisque nous faisons près de 3000km en 48 heures.

                 Ici, le train est le moyen de déplacement le plus utilisé. Les distances sont tellement grandes que les russes sont contraints de prendre le train très souvent, et parfois durant plusieurs jours. Les trains sont bien organisés, pas très chers, propres et équipés d’une espèce de mini centrale nucléaire dans chaque wagon qui distribue gratuitement de l'eau chaude pour que l'on puisse se faire à manger. Du coup tout le monde se nourrit à base nouddles (pâtes chinoises) et de thé. Nous aussi. Le train passe très vite, nous dormons bien. Comme ce n'est pas habituel de voir des étrangers dans les trains tout le wagon est au courant que deux français sont là. Pas le temps de « discuter » avec tout le monde, mais ici il vaut mieux ne pas être allergique à la vodka...

          Par la fenêtre, le paysage est très monotone, taiga et vieilles villes soviétiques se succèdent. Les boulots, les rivières et les étangs laissent par moments place à des vieux bâtiments gris parfois désaffectés et des cabanons tout branlant (ou l’inverse).

          48 heures plus tard nous débarquons à Tioumin, ville du centre de la Russie sans intérêt touristique et nous sommes invités par Artem un vendeur de portable de la gare dont la femme est à l'hôpital (on sait toujours pas si c'est vrai).

 

- Bateau Salekhard

          Séance de stop russe le matin suivant avec pour objectif de rejoindre un fleuve. Nous avons entendu dire qu’un bateau  y circule jusqu’en Articque. Nous débarquons dans une jolie petite ville bordant le dit fleuve. Pas de bol, le bateau a quitté ce qui sert d’embarcadère le matin même. Il repasse dans 8 jours. Nous n’allons pas nous la couler douce pendant tout ce temps. Vite vite, nous voulons donc rattraper le bateau. Nous prenons un train de nuit pour la prochaine ville et attendons même le bateau le lendemain. Posant des questions à tout le monde, nous nous faisons vite remarquer à l’embarcadère. Notamment, une hôtesse nous prend sous son aile et va directement voir le capitaine en personne pour nous faire monter sur le bateau. Accueillis comme des rois par le capitaine russe, il nous donne même accès à une cabine privée pour le prix du dortoir du peuple. Trop la classe.

          Nous partons donc pour 2 jours de croisière en direction du grand nord, le polaire. une bande de jeunes archéologues russes embarque en même temps que nous. Ils sont plutôt sympas, plutôt russes et bien zazous. Ils partent pour une expédition, des fouilles dans le nord. Ils transportent tout le castorama avec eux. Nous avons donc droits aux bières russes, vodka russes et discussions russki-angluski-franssuski.

          Cette petite croisière est des plus agréables. Nous aurons, par exemple, le plaisir de voir passer un élan traverser la rivière.  Nous découvrons le paysage assez peu changeant du nord de la grande Russie, accoudés au bastingage. Aux escales, nous descendons dans des villages isolés, accessibles en été par ce bateau hebdomadaire, en hiver par les routes. Il est bon de savoir que la circulation automobile dans le nord de la Russie est impossible en été, tout du moins à grande échelle. En effet, les nombreuses rivières, marécages... rendent trop couteux la construction de routes sur des milliers de kilomètres. Il faut donc attendre l'hiver, période durant laquelle les rivières sont gelées, pour amener les petites autos dans son village depuis la ville. Les seuls moyens sont les bateaux et les avions. Malheureusement pour nous, ces communautés isolées ne sont pas intéressantes pour nos observations. Toutes ont accès aux infrastructures modernes de communications et d'énergie. Nous continuons donc notre lente glissade sur l'eau, toujours cap sur le nord. La deuxième nuit, nous avons le plaisir d'admirer un coucher de soleil qui a duré toute la nuit. Magique de beauté. Nous nous rapprochons du pôle nord…

 

- Galère Salekhard

          Nous arrivons à Salekhard, la ville du bout de la rivière Obe, situé sur le cercle polaire et pleine de Petro-roubles. A la descente, les autorités vérifient les passeports, mais le capitaine nous rassure car nous disposons d’un visa russe. Pas franchement sereins quand même les deux fransus. Et effectivement, ça ne manque pas. Quand les autorités voient nos passeports étrangers sans papier spécial comme "assez beau-gosse pour entrer à Salekhard ", ils tirent une sacrée tête et ne savent pas trop quoi faire. De notre côté, nous ne sommes pas trop inquiets, car ils ont l'air aussi embêtés que nous, mais souriant. Nous nous disons que, de toute façon, ils ne vont pas nous mettre en prison pour ça. Comme ils ne savent pas quoi faire, ils décident de nous faire monter dans leur beau camion et de nous emmener au poste de police histoire de voir le boss (et le paysage).

          Nous traversons donc toute la ville dans ce beau camion, Nous avons même droit à une visite guidée en russe. Le boss parait dérangé par notre visite, il ne prend même pas la peine de descendre de son 4*4 pour traiter notre affaire. Il nous dit que nous ne pouvons pas rester ici et que nous devons pointer le lendemain même, à 300 km dans la ville de Vorkuta où se rend le train. Nous nous y attendions, mais nous avions quand même l'espoir de pouvoir rester un peu ici. Il nous indique au passage que nous avons commis un délit (OHLALA) passible d'une amende mais dans sa grande bonté nous n’aurons rien à payer. Vous n'avez donc pas besoin de vérifier, nous l'avons fait pour vous, pour aller à Salekhard, il faut un permis spécial en plus du visa russe déjà difficile à avoir.

          Nous passons la nuit (enfin je sais pas si on peut dire la nuit quand le soleil ne se couche pas...) dans une base de biologistes écologistes on sait pas trop quoi-iste, et le lendemain matin nous prenons le train. Celui-ci traverse les montagnes de l'Oural. Ces montagnes ne sont pas hautes, mais étant donné la latitude elles sont toutes pelées, enneigées par endroits et à leur pied la toundra prend la place de la taïga rencontrée plus au sud. Quand nous arrivons à Vorkuta il est 21 h et, effectivement, un policier nous attend. Ce n’était donc pas des blagues. Nous nous écartons un peu de la ville et nous trouvons un endroit presque sec pour un premier camping toundra, étonnement sans moustique.

 

- Vorkuta et toundra

          Vorkuta, ville du nord par excellence est grise et sans trop de charme. Nous devinons qu'elle a dû connaître une certaine gloire, mais ça doit bien remonter au temps de Lénine cette affaire... Après avoir connue une économie minière, elle est replongée dans la morne grisitude polaire. Cependant, en se baladant dans les vastes rues bordées de béton, nous sommes étonnés de voir sur tous les gros véhicules, bus, voitures, camions, tank... le nom d'une même compagnie. Nous comprenons alors que la ville est aux proies d'une nouvelle économie : le gaz. Nous préparons notre nouvelle idée : une mini expédition de 5 jours, coincés entre la toundra et l'Oural. Nous avons entendu dire que des Nenets (peuple nomade vivant dans des tipis, dans la toundra polaire) vivaient à 120 kilomètres au nord. Nous achetons notre kit toundra : des bottes et un chapeau-grillage--moustiquaire. Galère tout de même. Le fonctionnement des magasins est un peu particulier et nous mettons un certain temps à le comprendre. Nous déambulons entre les vieux immeubles, sans voir de panneaux de magasins, de grandes portes d'entrées d'une supérette ou autre. Un peu par hasard, nous ouvrons une petite porte en bas d'un immeuble et tombons alors sur un petit centre commercial avec une vingtaine de boutiques. Bien caché, le coquin. En fait, les portes sont toutes petites pour isoler du froid polaire de l'hiver.

          Départ le soir même, en stop. On nous dépose au début d'une piste construite spécialement par la fameuse compagnie de gaz. Des dizaines de camions l'empruntent et filent vers le nord. Ça tombe bien, nous allons dans la même direction. Nous grimpons dans un des camions. Nous découvrons alors le vaste trafic sur cette piste. Il ne fait maintenant nul doute que l'exploitation du gaz est la raison de tout ce bazar. Les camions transportent toute sorte de matériaux. Gravats, ciments, eau, tuyaux pour pipeline, pelleteuses sur 200 kilomètres... Il est impressionnant de voir ce balai. Cette piste saigne la toundra en deux. Des colonnes de poussières montent au passage des camions. Nous en voyons pleins, la toundra est si plate que nous pouvons suivre une colonne pendant une dizaine de minute. On pourrait peut-être appeler cela la ruée vers l'or gris (on peut faire mieux...). Ali, le chauffeur du dougistan (si quelqu’un connait on est preneur) nous dépose. Nous marchons une petite demi-heure dans la toundra. Nous avons vu un campement nenets au bord d'un joli lac. Il est tard, nous installons notre tente de l'autre côté et attendons le lendemain pour aller les voir.

          Après un maintenant bien réglé démontage de tente, nous nous approchons des tipis constituant le campement nenets. Première surprise, ce que nous croyons être des voitures garées à côté du campement sont en fait des traineaux. Au moins une quinzaine de traineaux en bois. Justement, un homme est en train d'en construire un. Nous posons nos sacs. Personne ne bouge. Un sourire et un regard. Malheureusement nous ne parlons aucun mot de nenets, si peu de russe... Nous observons, d'autres sortent des tipis. Nous sommes un peu déçus. L'hospitalité n'est pas aussi grande que celle connue en Mongolie. Nous restons un peu à l'écart, sans rien faire d'autre qu'observer et sourire. Puis un troupeau de rennes approche. Tout fou, nous prenons des photos, on se croirait chez le père noël. Il s'agit bien de leurs rennes.

          Ils nous montrent comment ils les capturent à l'aide d'un lasso. Les rennes servent à tirer leurs traineaux, à faire de la nourriture et les peaux sont utilisées pour construire les tipis. Nous aurons aussi la chance de voir l'intérieur de leurs tipis. Ambiance yakari ! Il y a même un renne a l'intérieur. Nous ne dormons pas chez eux, en fin d'aprèm, nous partons en direction des montagnes.

          Marcher dans la toundra c'est un peu comme batailler à travers les arccos (arbres poussant en montagne, on les trouve à proximité des pistes de ski) avec un surf, des skis et un monoski en même temps. Nous traversons des arbustes d'une manière très pénible. Les marécages nous collent aux pieds. Nous nous enfonçons dans la mousse. Les moustiques festoient à notre passage. Les sacs de 30 kilos nous déséquilibrent. Au début nous rigolons, nous nous prenons pour de vrais aventuriers, traversant des jungles polaires. Vite fait, nous nous épuisons et le sourire tombe. Les arbustes sont toujours là, de même pour les moustiques la mousse, les marécages... Ça doit être dur d'être Bob Morane comme job. Nous passerons 4 jours dans ces montagnes du nord de la chaine de l'Oural. Pas très hautes (1338m le sommet), mais peu accessibles, complètement inhabitées, invitant à l'aventure. Nos yeux voyagent sur ces arrêtes, au fond des vallées vertes pales et se trouvent émerveillés devant les lacs polaires. Particulièrement deux bijoux feront nos joies, deux lacs où se mêlent eau et glace sont d'un bleu magnifique. C'est un des endroits les plus beaux que nous avons eu la chance de voir cette année. Nous nous amusons sur les sommets, les arrêtes et les névés. Déjà nous rêvons de nos montagnes et de toutes les belles courses dans les Alpes qui nous attendent l'année prochaine. Le retour à la piste des camions de gaz sera une des journées les plus éprouvantes de tout le périple. Il est extrêmement fatiguant de marcher dans cet environnement de toundra, nous sommes fatigués mais tellement heureux de cette mini expédition aux confins de l'Oural.

 

 

- Retour Scandinavie

 

          Nous sommes dans un train de banlieue à Moscou. Il ressemble à ces chers RER. Nous sortons de cette belle ville afin de faire du stop en direction de Saint-Pétesbourg. Nous espérons y être ce soir. 750 km dans la journée, ça va bomber grave ! Ces quelques jours dans la capitale nous ont fait prendre conscience que nous sommes vraiment sur le retour. Nous sentons l'Europe. Le monde industrialisé, ses villes organisées, propres, avec leurs magasins identiques partout dans le monde nous rejoignent petit à petit. Moscou est peut être bien une étape dans notre périple. Un virage entre deux mondes. Deux journées de visite devant les imposants et majestueux bâtiments "made in Staline" ne seront pas de trop. C'est une ville impressionnante, exhibant son histoire, sa grandeur et sa beauté. Nous sommes restés trois nuits, accueillis par Alexander, un couchsurfer. Il nous a fait découvrir des "deep massages". Expérience intéressante. Nous nous retrouvons ce matin avec une quinzaine de ronds dans le dos. Il a en fait utilisé des petits vases, qu'il chauffait et appliquait sur notre peau, au dessus des muscles. Ils aspirent alors. Bien marrant. Nous avons l'impression d'être tout cassé ce matin.

          La suite se passe en Scandinavie. Nous nous mettons à penser pas mal à chez nous, aux copains et à notre retour qui approche. Il reste pourtant des kilomètres à parcourir et pleins d'aventures à vivre. Heureusement. Après Saint-Pétesbourg où nous pensons rester qu'un jour, nous continuerons en stop vers la Finlande où nous récupererons nos frères et notre pote de la mort qui déchire tout, Ben. Pour ce qui est des détails de l'aventure, rdv dans les prochaines newsletters.