Camp - Cassin - Camp Safety

Nouvel exploit pour le Groupe militaire de haute montagne.

26 Octobre 2012
Evènements

Les images de cet exploit on déjà fait le tour... au 20h sur TF1...dans ' Tout le Sport' sur France 3.....

Voici en exclu, le récit de nos 7 Alpinistes partis à la conquête du Kamet...

(rédigé par Antoine BLETTON)

 

Trois ans après le Mukut East, expédition du challenge " 7 Alpinisme, 7 continents ", le GMHM décide de repartir pour l’Himalaya Indien. Direction le Garwhal, la haute altitude et les 7756 m du Kamet.

 

Pour la légende, au 19ème siècle le Kamet était considéré comme la plus haute montagne du monde ! Aujourd’hui c’est le 3ème plus haut sommet d’Inde mais le plus haut légalement accessible. Le Kangchenjunga côté indien et la Nanda Devi étant interdit d’ascension pour des raisons spirituallo-politiques.

 

L’objectif de l’expédition, repéré en 2009, est la face Ouest du Kamet. Une immense muraille de granite et de glace, où une fine ligne de faiblesse semble se dessiner. Pas de séracs, peu de dangers objectifs, 2000 m quasiment à la verticale, une face encore vierge en 2012 : Un appel, un aimant pour tout himalayiste rêvant d’une belle première.

 

A Chamonix, 4 membres du groupe se penchent, se motivent puis se préparent pour ce projet ambitieux : le lieutenant Didier Jourdain, l’Adjudant-chef Sébastien Bohin, le sergent-chef Sébastien Moatti et le caporal Sébastien Ratel.

 

Le capitaine Lionel Albrieux, commandant le GMHM comprend, soutient et accompagne ses hommes dans leur rêve d’ascension. Il part avec eux et fait équipe avec les deux nouvelles recrues : l’Adjudant Arnaud Bayol et le chasseur Antoine Bletton. Leur but est de répéter en style alpin l’arête Ouest du Kamet, ouverte en 1985 par le GMHM.

 

Après trois longues journées de voyage depuis Delhi. En bus puis en 4x4 par des routes défoncées, l’équipe de 7 grimpeurs arrive à Ghastoli le 3 septembre. Une prairie à 3900 m où va débuter le trek d’acclimatation. Neufs jours sont nécessaires pour rejoindre le camp de base à 5300 m. Il faut prendre son temps, laisser le corps s’habituer à l’oxygène rare. Pas plus de 400 m de dénivelé entre 2 nuits consécutives. L’équipe de l’agence RIMO est incroyable d’efficacité : Les sherpas enchaînent les portages entre les différents camps. Les cuisiniers d’altitude sont au petit soin. La préparation est optimale.

 

Le dimanche 16 septembre les 2 équipes de grimpeurs se séparent pour l’acclimatation : Les 3 Sébastien et Didier se lancent dans les pentes régulières et peu difficiles du Mana Peak (7092m). Lionel, Arnaud et Antoine partent en direction du " couloir des Indiens " qui débouche à 6600 m sur l’arête Ouest. La météo capricieuse compromet un peu cette phase importante d’acclimatation et les deux équipes reviennent au camp avec seulement 2 nuits en altitude.

 

Quelques jours de repos. La préparation des affaires pour l’ascension est primordiale : Ne rien oublier mais ne pas se charger du superflue ! Yann Giezendanner, le sorcier des nuages, notre routeur météo quatre étoiles annonce une période de grand beau avec peu de vent en altitude…

 

Feu vert, top départ.

 

Dernière nuit partagée à 5800 m, au camp de base avancé et les 2 cordées se séparent le vendredi 21 au matin. Chacun est concentré vers son objectif, remonté à bloc et prêt à en découdre avec la montagne.

 

Après une première nuit à 6600 m, la " cordée de l’arête " perd le contact avec la " cordée de la face ".

 

Lionel Albrieux : " Cette absence de contact imprévu m’obsédait. L’inquiétude et le besoin de retrouver le contact avec eux pour m’assurer que tout allait pour le mieux m’imposait une solution unique : renoncer à notre ascension pour redescendre le plus rapidement possible afin de renouer le contact, ne serait-ce que visuellement. "

 

Ils décident de redescendre au camp pour avoir un contact visuel, via la longue vue, avec les alpinistes engagés dans une ascension sans filet.

 

Arnaud Bayol : " C’est la première fois que j’éprouve tant d’inquiétude en regardant mes copains grimper. "

 

Cinq jours où ils tremblent pour leurs amis, leurs collègues du GMHM. Ces quatre petits points noirs en doudoune orange, qu’ils voient apparaître successivement, puis s’effacer derrière l’arête sommitale du Kamet. Ils n’auront la réponse qu’au retour des Alpinistes.

 

Didier Jourdain : " Après quelques centaines de mètres d’ascension, le téléphone satellite m’échappe et plonge en bas. Une réunion au bord du vide s’improvise avec mes trois compagnons de cordée. Je les laisse décider. Engagés à 100%, nous poursuivons sans!"

 

Sébastien Ratel revient sur l’ascension :

" Après 300 m de pente de neige et l’épisode du téléphone volant nous devons gravir un mur de glace sur 2 grandes longueurs. Parfois à plus de 90°, nous obligeant même à hisser le sac du leader. Le premier bivouac est mauvais, taillé dans la glace, nous pouvons à peine nous allonger. L’ascension trouve ensuite son rythme, entre neige et goulotte plus difficile, nous frayons notre chemin jusqu'à l’arête Sud à 7500 m. C’est notre 4eme bivouac et la fatigue s’accumule. Néanmoins nous mobilisons tout ce qu’il nous reste pour nous lever et s’élever 250 m plus haut. Sommet : vue magnifique malgré notre cerveau bien embué. Nous rejoignons notre bivouac à 15h30. Trop fatigués pour continuer vers le bas, nous repassons une nuit à 7500 m. Le lendemain nous sommes complétement shootés à l’altitude. Il faut se faire violence pour ne pas se laisser aller à rêvasser la haut et REDESCENDRE. Les gestes sont lents et maladroits, mais la cordée s’active. Les rappels le long de la face Sud s’enchaînent. La tension est bien palpable. Chacun aux prises avec soi-même. Enfin la pente s’adoucit et nous pouvons perdre de l’altitude en desescaladant. Le retour de l’oxygène dans notre organisme fait du bien. Par quelques derniers rappels exposés sous les séracs nous rejoignons les frontales des copains qui clignotent à notre rencontre. Retour à une vie sous oxygène, avec eau et nourriture. Merci les Gars ! "

 

Le jeudi 27 dans la nuit, la cordée de l’arête vient à la rencontre de leurs amis, au pied de la face. Les quatre compères sont dans un état de fatigue avancé. Compréhensible après 6 jours en haute altitude, 5 bivouacs dans le froid dont deux au-dessus de 7500m, la fameuse " zone de la mort ".

 

Sébastien Bohin : " Le deuxième bivouac à 7500m fut vraiment difficile car nous étions juste en nourriture et en gaz. Par conséquent, complètement épuisé en bas de la descente, je me réjouissais de la présence du docteur au camp de base pour bien s’occuper de nous !!!"

 

Malgré les brûlures du soleil aux lèvres, pommettes et nez, on peut lire un énorme sourire, une joie intense sur leurs visages : Ils viennent d’ouvrir en pur style alpin une voie magnifique sur un sommet de 7756 m. Ils viennent de réaliser la première ascension de la face Sud-Ouest du Kamet. Un combat où les 4 alpinistes ont repoussés leurs limites.

 

Sébastien Moatti : " Jamais je n’ai été aussi loin dans une ascension. L’aspect mental était très important et nous nous sommes vraiment dépassés. "

 

Le mot de la fin revient au Commandant Benoît Ginon, docteur de l’expédition :

" Désigné au dernier moment pour accompagner le groupe sur cette expé, c’est dans la précipitation mais avec enthousiasme que je rallie l’Inde le 14 septembre. Etre médecin d’expédition : je réalise un vieux rêve ! Le 14 septembre, j’arrive à Ghastoli. Le camp de base est à portée de mes chaussures, mais soumis aux inévitables règles de l’acclimatation, je dois encore attendre avant de retrouver le reste de l’équipe. Le 29 septembre, 36 heures après leur retour au camp de base, Didier et les 3 Sebs doivent affronter la redescente du glacier Pachhmi Kamet. Cette descente représente une épreuve interminable pour des organismes fatigués. Je les retrouve tous à Green Kamet (4900 m). Certains d’entre eux sont dans un état d’épuisement avancé. Après de longs moments de solitude, je prends la dimension de ma présence : Ecouter, Panser, Conseiller.

 

Les corps sont meurtris, ils ont été poussés dans leurs derniers retranchements. Les réserves sont entamées, la déshydratation est installée. Contraints de faire beaucoup avec peu au cours des 2 derniers jours de course, l’organisme se rebiffe contre les apports forcés que l’on veut maintenant lui faire ingurgiter. Le simple fait de boire ou manger peut devenir une torture, occasionnant de nouvelles souffrances (diarrhées, douleurs, vomissements). Cette remise en route laborieuse est indispensable à la cicatrisation des diverses blessures, préliminaires à de nouvelles conquêtes ! "

 

Les mots sont encore difficiles à trouver pour traduire leur effort :

 

Exploit magnifique, engagé et propre ? ; Ascension extraordinaire, difficile et sans filet ? ; Un rêve d’alpiniste accompli ?

 

Peut-être qu’on peut simplement dire : BRAVO les gars !